-Ouvre ma main, tu y trouveras quelques bouts de ficelle
-Faisons un tableau avec
-Faisons un film
Il y aurait le bleu. Il y aurait le jaune. Il y aurait le vert. Ciel, soleil, herbe ?
On pourrait tout recommencer et changer l'ordre des choses. Silencieusement, un nouveau langage apparaîtrait sur des arbres bleus mouvants. Des arbres immenses que l'on essayerait d'atteindre avec
nos yeux (pinceau, caméra). Tu marcherais dans l'herbe, tu te fixerais dans l'herbe (on aurait jeté un pot de peinture dessus).
Il y aurait aussi des figures mythiques — venues de l'enfance, Bruce Lee — grande voix du Ciel, le Western, Frankenstein.
Il n'y a pas d'art sans amour
De l'amour pour fabriquer ce grand cow-boy en papier mâché, de l'amour pour le démultiplier : un cow-boy, des cow-boys (chaque angle de vue ajoute un personnage — l'art abolit notre solitude).
Il faut de l'amour pour faire de l'art
Cette voix n'est plus seule car elle (se) parle enfin, mais aussi parce qu'elle entre dans tous les corps, dans tous les masques. Aujourd'hui, j'existe.
Mais plus tard ?
Le masque bleu déambulera dans la nuit bleue, il semblera appartenir aux poèmes de Georg Träkl qui couvrait le monde de poudre bleue pour cacher son amour pour sa sœur perdue.
Je suis le monstre qui crie
Muet (moi et mon avion, on va s'envoler)
L'incompréhension arrive, les autres nous regardent, mais ne nous voient pas. C'est le temps des géants invisibles. D'un mouvement, ils appartiennent au même monde, deux ombres posées sur des
feuilles jaunes, la première disparaît pendant que l'autre grandit, grandit...
-Mais il manque une couleur
-Le rouge ?
-Le rouge de ton cœur
-Le rouge de nos cœurs


Muriel Montini
2018