Cette page reprend et continue un blog que j’ai tenu il y a quelques années intitulé 
Le pilleur d’épaves, que je présentais ainsi :

“Le pilleur d'épaves, inlassable arpenteur,
chasseur & collectionneur d'art anonyme, modeste et involontaire,
et qui souvent ignore qu'il s'appelle art.”

J’y montrais une partie de ma collection
de dessins d’enfants perdus, de poésie naturelle,  de sculptures involontaires,
de papiers trouvés et d’autres trésors minuscules
glanés au hasard de mes promenades.






Oie-Licorne (ou autre animal fantastique)
en écaille de peinture,
trouvée à Saint-Jean de Maurienne (73),
Rue du Rocheray, mars 2015.



Pareillement pour les spectacles c’est les plus simples et communs qui m’attirent le plus. Nul besoin d’aller au loin chercher des raretés, tout est là devant votre nez ou par terre à vos pieds. On y trouvera tout ce qu’on cherche sans avoir à se déplacer. Je suis un touriste d’un genre particulier : tout pittoresque m’incommode et c’est où le plus il est absent que s’éveille mon émerveillement. 

Bien des personnes se sont figuré que par un parti pris de dénigrement je me plais à montrer des choses misérables. Quel malentendu ! J’avais voulu leur révéler que ces choses qu’elles croient laides, qu’elles ont oublié de voir, sont elles aussi de hautes merveilles. Qu’on évite surtout cette erreur, alors que je m’efforce de réhabiliter des objets tenus pour déplaisants (ne refusez pas à ces objets décriés, je vous prie, toute chance) et que c’est en posture de célébration (d’incantation) que se tiennent toujours mes travaux.

— Jean Dubuffet, “Apercevoir”, 1958 (repris in Prospectus et tous écrits suivants, 1973)




Créature apparue dans une tache de café,
Les Lilas (93), octobre 2018.




Liste de courses trouvée,
Paris, novembre 2014.




Dessin et histoire trouvés,
Arques (62), printemps 2014.




Papier trouvé, Arques (62), 2014.




Visage étrange apparu dans un galet,
sur la plage, Le Portel (62),
février 2018.




Papier trouvé, Nouvelle-Zélande, 2016.




Dessin trouvé, 21x16 cm, Arques (62), 2014.



Ce qui se passe vraiment, ce que nous vivons, le reste, tout le reste, où est il ? Ce qui se passe chaque jour et qui revient chaque jour, le banal, le quotidien, I’évident, le commun, l’ordinaire, l’infra-ordinaire, le bruit de fond, I’habituel, comment en rendre compte, comment l’interroger, comment le décrire ?
Interroger l’habituel. Mais justement, nous y sommes habitués. Nous ne l’interrogeons pas, il ne nous interroge pas, il semble ne pas faire problème, nous le vivons sans y penser, comme s’il ne véhiculait ni question ni réponse, comme s’il n’était porteur d’aucune information. Ce n’est même plus du conditionnement, c’est de l’anesthésie. Nous dormons notre vie d’un sommeil sans rêves. Mais où est-elle, notre vie ? Où est notre corps ? Où est notre espace ?
Comment parler de ces “choses communes”, comment les traquer plutôt, comment les débusquer, les arracher à la gangue dans laquelle elles restent engluées, comment leur donner un sens, une langue : qu’elles parlent enfin de ce qui est, de ce que nous sommes.
Peut-être s’agit-il de fonder enfin notre propre anthropologie : celle qui parlera de nous, qui ira chercher en nous ce que nous avons si longtemps pillé chez les autres. Non plus l’exotique, mais l’endotique.

—  Georges Pérec, L’infra-ordinaire, 1989




Dessin trouvé (infos non renseignées).




Petit morceau brûlé,
trouvé à Paris, Rue Saint-Martin, octobre 2014.

Pierre magique trouvée sur un chemin,
Pouilles, Italie, septembre 2019.





Lettre d’amitié trouvée,
Paris, novembre 2019.




Papier énigmatique, trouvé à Paris, XXe,
janvier 2018.





Masque en plastique jaune,
trouvé rue du marché,
Lille (59), septembre 2016.







Liste de courses d’un/e malade,
trouvée ainsi déchirée en plusieurs morceaux,
Paris, vers 2017.



Notre époque hâtive, fébrile, accorde beaucoup trop de considération à ce qui est passé, et nous nous imaginons tous beaucoup trop vivement et trop rapidement que nous n'avons pas grand-chose à offrir. Ainsi, par exemple, je considère tous les salons comme sentimentaux, c'est-à-dire comme maladifs, au sens qu'ils regardent toujours en arrière, en direction de grandeurs passées. Qui en retire quoi que ce soit ? N'avons-nous donc tous que mépris à notre propre endroit ? Pourquoi n'avons-nous pas le courage de croire en l'époque dans laquelle nous vivons ? Tout ce que nous exhumons, béants d'admiration chez les grands créateurs d'antan, il me semble que cela nous fait du tort. Et si maintenant, notre époque était devenue plus petite, ne ferions-nous pas mieux de nous résoudre à ces choses minuscules ?

— Robert Walser, “Il y a des gens qui vous en veulent…”,  1924-1925 (repris in Le territoire du crayon - Proses des microgrammes, 2013)





Cygne en origami plié dans papier fleuri.
Plusieurs modèles aux coloris et papiers différents,
trouvés dans la ville, puis de nouveau abandonnés par moi-même,
Lille (59), vers 2011-2012.




Dessin trouvé, 10,5x15cm, Lille (59), 21 juin 2011.



Dictée trouvée, “ AMI A IN PANTALON”, Arques (62), 2013.




Mot d’amour trouvé, Arques (62), printemps 2014.




Chat formé par un blanc et une coquille d’oeuf,
ainsi trouvé sur un poêle à charbon,
Geraldine, Nouvelle-Zélande, mars 2016.



Mots croisés écolos, Arques (62), 2014.




Lettre d’amour et de menace, trouvée dans un missel,
Boulogne-sur-mer (62), 2013.

origine inconnue, sans date,
probablement 1940-1950s.

“ MADAME

YVETTES JOUGLEU
FODRA FOUTTE LA
PET AS SON MARRI
CHAIRI OU SA
IRA MÂLE ”


Mark